Hafsa et le Coran

Hafsa, une imprimerie vivante au service du Coran

 

Nous célébrons ces jours-ci la nuit du Destin qui a vu la révélation du Coran des Tablettes Gardées au dessus du septième ciel au ciel le plus bas pour être ensuite révélé graduellement au Prophète (P. et S. sur lui) sur une période de vingt trois ans. Sa révélation lente et selon les circonstances avait permis aux compagnons et aux fidèles de l'assimiler convenablement et de s'imprégner de ses valeurs.

Toutefois, une fois à Médine, le Prophète (P. et S. sur lui), le prophète analphabète miracle qui s'était mis à prononcer des paroles dictées défiant le monde linguistique, poétique et artistique de la Mecque, s'était rendu compte très tôt de l'intérêt d'instruire les compagnons pour la sauvegarde du Coran et pour l'acquisition de la science et du savoir.     

 Vaste opération d'alphabétisation

C'est à Médine que ce besoin s'était fait sentir le plus. Le Prophète lança une véritable opération d'alphabétisation dès le début de l'Hégire qui avait eu beaucoup de succès. Rappelez-vous les deux ordres de lecture révélés dans la grotte de Hira pour la première fois. Le Prophète (P. et Sur lui) instruit par Dieu veut les mettre en exécution et que son exemple d'analphabète ne soit pas suivi. Il lança des appels pour l'apprentissage de l'écriture et de la lecture. Celui qui lit le Coran en prononçant une lettre engrange une hassana (un bien) au Paradis indique le Hadith. C'est d'une pierre deux coups. On apprend l'écriture et la lecture à la fois, ce qui facilite la récitation et la compréhension.    

 Ce genre de hadiths ne tombe pas dans l'oreille de sourds des deux sexes. Cela avait donné naissance à la formation des premiers noyaux de centres de formation, d'abord à la mosquée, puis à la maison. La recherche des enseignants était très recommandée y compris dans les rangs de l'ennemi et d'ailleurs. "Prenez la science y compris en Chine" est un hadith établi pour dire qu'il n'y a pas de barrière à l'acquisition du savoir. 

Rappelez-vous aussi les conditions données par le Prophète (P. et S. sur lui) pour libérer les prisonniers de Badr: Celui qui savait écrire et qui instruisait dix compagnons obtenait sa libération immédiatement après. Tout le monde se mettait à apprendre et à lire. Celui qui apprenait se faisait un devoir à son tour de communiquer son savoir à ses proches. Bref il eut eu création d'une véritable frénésie pour l'écriture. En peu de temps, l'écriture s'était répandue à Médine qui devint un centre de rayonnement convoité par les poètes et les savants en damant le pion à la capitale de la poésie la Mecque. C'est l'autre victoire des croyants civilisés sur les païens demeurés fermés à la culture et au savoir dans leur globalité. Cela avait permis également de mieux se mesurer aux gens du livre présents dans la ville et les régions environnantes et qui étaient, eux, instruits et savaient écrire.  Le Prophète lui-même qui fonda le premier Etat musulman avait besoin de l'écriture et de moyens de documentation dans ses messages et correspondances.  

Hafsa se distingua

Sur ce lot heureux, il y eut la jeune et dynamique Hafza, la fille de Omar qu'épousa le Prophète (P. et S. sur lui) et qui vite se distingua par sa maîtrise de l'écriture.

Elle se spécialisa dans l'écriture du texte sacré et réussit petit à petit à en devenir la gardienne. Plus tard, elle deviendra une référence principale sous le règne de Abi Bakr et Othmane pour l'assemblage des versets du Coran et l'écriture du premier Coran. Une partie de sa maison était ainsi réservée à l'écriture des versets et des sourates. Les moyens utilisés étaient ceux de l'époque, soit du papier artisanal acheté ou fabriqué localement à base de tronc d'arbre et d'herbes, soit de la peau de moutons et de chameaux retravaillés et préparés. Du coup, il y eut un développement de l'industrie et du commerce sans précédent des moyens d'écriture. Les fidèles se mettaient à la recherche de supports, d'encre et de papiers pour l'apprentissage et l'écriture.

Le travail effectué par Hafsa était impressionnant. En plus qu'elle était instruite, elle était aussi d'une grande intelligence et d'une grande vision. Elle avait débuté le travail d'écriture du vivant de son mari qui le premier l'avait encouragé et ouvert les portes. Elle s'était mobilisé pour rattraper le retard en écrivant tous les versets et sourates révélés avant pour ensuite se mettre à jour en suivant les évènements en ne ratant aucune occasion pour assurer la documentation du Coran.

Elle gardait jalousement les écrits chez elle dans un lieu sur et protégé en devenant la première dame qui avait contribué à la sauvegarde du texte sacré par l'écriture. Le Coran était appris par cœur par les compagnons. Mais le risque de disparition et de mort, dans les batailles, était présent. Il deviendra inquiétant sous les califes qui ordonnèrent de rassembler le Coran.

Une école, une imprimerie

 Abi Bakr était le premier à effectuer ce travail déjà. Le calife Omar s'inquiéta lui aussi de ce problème en encourageant son apprentissage et son écriture. N'oubliant pas que c'est lui qui est derrière les prières surérogatoires (et-taraouih) en groupe pour permettre aux fidèles de prier et d'écouter ensemble le coran tout le mois de ramadan. Toutefois, l'on doit au calife Othmane la version unifiée de l'écriture du Coran en plusieurs exemplaires dont une était gardée à Médine et les autres envoyés dans les grands centres régionaux du califat. Othmane s'était basé principalement sur le travail de documentation de Hafsa, qui était vérifié et certifié par les grands compagnons apprenant le cœur dont Abou Houraya qui était également une des sources principales du Hadith. Le Prophète avait prié pour certains compagnons afin d'assimiler le coran facilement dont Abi Houraya. Sa prophétie s'était réalisée. Dieu avait garanti le Coran de l'oubli et de la falsification contrairement aux Ecrits révélés précédents.

 Depuis, le Coran avait fait l'objet de réécriture pour l'adapter à la lecture et aux exigences de la langue sans dénaturer le texte original ou toucher à l'ordre des versets. Aujourd'hui les versions Warch et Hafs sont les plus répandues. Le monde s'était arrêté depuis et rares sont les efforts entrepris pour améliorer les formes de présentation du texte coranique dont pourtant les exégètes chantent le miracle et les beautés de style. Le divorce est immense. Le retard aussi pris par rapport aux moyens de communication modernes, ce qui nécessite une révolution dans les mœurs et contre le poids des interdits posés par les hommes comme le demandent et l'exigent de plus en plus des chercheurs modernistes au fait des progrès scientifiques. Aura-t-on une Hafsa pour nous sauver de nouveau?  A quant le Coran repensé ? Tant dans la forme et que dans le fonds pour sortir de l'emprisonnement dans lequel il est maintenu, nous livrer ses merveilles et nous aider ici-bas et dans l'au-delà. Le Coran d'essence universelle n'a pas dit son dernier mot. 

 

Personnellement je vois un musée immense du Coran dans lequel les 114 sourates sont présentées dans toutes les langues dans des tableaux lumineux ou fresque avec des schémas structurés où le visiteur peut du premier regard approcher n'importe quelle sourate en un clin d'oeil, s'il vous plaît  C'est possible à la lumière de ce que nous présentons. C'est la bataille de la communication. Ce jour-là est proche. On appréciera alors la main bénie de Hafsa, que Dieu l'agrée.

 

Chroniques Ramadhan 2010, publiées dans le journal "Liberté"

 

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